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Lauréat pour l'an 2000 du Prix des Sciences physiques et mathématiques du Rayonnement Français Je suis très honoré de vous remettre aujourd'hui le prix scientifique du Rayonnement Français. Il vous a été attribué par un Jury prestigieux comprenant autour de Pierre Aigrain, Georges Charpak et Hubert Curien, d'éminents physiciens et mathématiciens mais aussi quelques jeunes" post doc " qui attendent leur heure pour atteindre la renommée de leurs aînés. Les usages voudraient que je retrace votre carrière, Michel Spiro, et que je fasse croire que j'en comprendrais bien tous les aspects, les inflexions voire les ruptures. Et bien non ! Je souhaiterais davantage esquisser le portrait de l'homme qui se cache derrière des travaux hermétiques au plus grand nombre. Je rappellerai seulement qu'ils ont vous ont permis de contribuer à la découverte de nouvelles particules - les fameux Bosons intermédiaires W et Z - et à la mesure du flux des neutrinos, émis par le soleil. Plus récemment vous avez procédé à des observations qui apportent de nouveaux éléments à l'énigme de la matière noire. Aujourd'hui vous travaillez à la mise au point d'un incinérateur qui pourrait conduire à l'élimination de certains déchets nucléaires, les actinides dits mineurs. Je suis sûr que tous les locataires de ce palais offert à la République seraient très heureux de voir vos travaux couronnés de succès.. Mais quel chemin d'homme avez-vous emprunté pour parvenir à ces frontières de l'inconnu, pour ne pas dire de l'incertain. Vous avez été un enfant comme les autres, faisant l'apprentissage de la vie loin de Paris, à Roanne. Mais dès l'âge de 7 ou 8 ans, vous surprenez votre entourage par l'ampleur des calculs statistiques auxquels vous vous livrez à partir de l'observation de la circulation automobile depuis votre fenêtre qui donne sur l'une des avenues les plus fréquentées de la ville, l'avenue Alexandre Roche. Vous établissez vraies ou fausses corrélations entre les modèles, les couleurs et les immatriculations ... déjà perçait en vous un attrait immodéré pour les grands nombres et la détection des cas singuliers. Un peu plus tard, vous avez seize ans et faites la une de la presse locale, et même régionale puisque le Progrès de Lyon rapporte que vous avez, avec quelques camarades, lancé une fusée spatiale non pas depuis la base de Kourou, chère au ministre Curien, mais de l'aérodrome de Roanne moins connu et plus rustique. C'était bien sûr votre goût pour l'astrophysique qui se dessinait déjà ... A la vérité ceux qui vous sont les plus proches, au dire de mes agents secrets, attendront la classe de terminale pour que vous découvriez l'intérêt du travail scolaire. C'est sans doute la fréquentation de votre futur beau frère, polytechnicien, qui vous a fait penser que vous ne pouviez pas faire moins bien que lui. Quelle famille ! et quelle satisfaction pour Mamilou, c'est ainsi que vous appeliez votre maman, qui était tellement fière de vos succès. Elle le serait aujourd'hui encore ... Ainsi vous êtes vous trouvé polytechnicien à vingt ans avant d'entamer un cursus universitaire avec un Diplôme d'Etudes Appliquées en physique théorique précédant le grade de Docteur d'Etat dans la même discipline que vous obtenez en 1976. Ensuite se déroule, au Commissariat à l'Energie Atomique, votre carrière scientifique. Vous devenez en 1991 chef du service de physique des particules au Centre d'Etudes de Saclay et vous êtes aujourd'hui conseiller scientifique du Haut Commissaire. Mais je sais précisément où votre chemin vous a conduit. Vendredi dernier, je vous ai entendu sur une station de radio périphérique. Après un bulletin d'informations inquiétantes sur les événements du Proche-Orient, vous étiez interrogé sur les mystères de l'antimatière. Vous avez alors dit, plutôt j'ai compris que vous disiez en guise d'introduction : " J'ai la chance d'appartenir à la communauté des chercheurs scientifiques. Ils viennent de tous les pays, appartiennent à toutes les races, sont les adeptes de religions diverses et les lignes d'affrontements qu'ils choisissent sont sur les frontières du savoir qu'ils veulent faire reculer pour offrir à tous les hommes, sans aucune distinction, de nouveaux horizons pour assurer leur avenir. Aujourd'hui je voudrais bien, laissiez-vous entendre, qu'ils servent d'exemple à d'autres chercheurs dont le Monde manque cruellement : les chercheurs de paix ". En cela vous méritez bien aujourd'hui le prix du Rayonnement Français
Jean-Michel FAUVE, Président d'aRRi
Paris 19 octobre 2000 |