Fables modernes de PRINCE
Dans chaque album, 15 fables pour les enfants et les adolescents, illustrées par l'auteur et qui renouent avec la tradition française de la fable.
Un excellent moyen d'apprendre à tous l'amour de la lecture et les débuts d'une citoyenneté des temps futurs, à l'aide d'une poésie qui traite nos problèmes à la manière de La Fontaine mais avec les mœurs et l'humour propres à notre époque!

La grenouille et le serpent
Une grenouille tout en chantant
Un jour en quête d’aventures
Se trouva face au serpent
Bien installé dans la verdure.
Elle lui dit, toute guillerette:
– Où vas-tu comme ça par ce beau matin,
Hors des routes et des chemins
En te lovant sur les pâquerettes?"
– Je vais où bon me semble
Lui répondit-il, un peu vexé,
J’ai mon estomac qui tremble
De froid, puisqu’il n’a rien mangé."
La grenouille reprend sans trémolo:
– D’accord, tu sais bien te débrouiller
D’ici ce soir, tu as le temps de te régaler
Pourquoi changes-tu si souvent de peau?"
– Enfantin! Pour être beau et grand
Je suis narcissique, dit le serpent,
Je rencontre des individus si moches
Que je préfère ma petite caboche."
– Pourquoi remues-tu la queue?
Pourquoi jettes-tu ta tête en avant?
Pourquoi as-tu des petits yeux?"
Claironne la grenouille en sifflant.
Le serpent se met en boule
En répondant: - Je deviens maboule!
Regarde les tiens si tu es honnête,
Ils sont proéminents, à fleur de tête!"
– Parce que je suis d’une belle espèce
Grosse, certes, la taille épaisse,
Tu peux regarder mes cuisses,
Y en a pas de si belles en Suisse."
– Mais que fais-tu le long du jour,
À sauter entre les roseaux,
Tu ne fais pas le troubadour
Quand tu nages dans l’eau?"
– Tous les matins je chante,
A midi, j’avale des moustiques,
Après quoi je fais une farniente
Et le soir, croa-croa, la musique..."
– Bien! Moi, je vais te montrer qui je suis
Car tu me donnes de l’appétit..."
Le serpent approcha, ouvrit la bouche,
Avala la grenouille sur la souche.
Il ne faut jamais être trop curieux,
Si l’on veut vivre très vieux.
Le rat et le cochon.
Un vieux rat vit un gros cochon
Qui flottait les pieds en l’air au fil de l’eau,
Le ventre bien apparent et rond.
Très curieux, il monta vite dessus.
– Que fais-tu là, lui dit-il, ce matin
Dans ce rû qui entraîne les cochonneries
Où des palefreniers y déversent du crottin
Par ici, par là; c’est le dépotoir en folie!...
Rien n’a été curé depuis des années,
Et les poissons crèvent par milliers.
Le maître de ces lieux ferme les yeux
Mais les rouvre vers d’autres milieux.
Notre région pleine de petits rûs
Qui vont déverser dans le lac voisin,
Où nos pareils ne se baignent plus.
Toi, dare-dare, tu fonces droit dessus !..."
– Halte-là! Avec toutes tes jérémiades,
Répondit le cochon, je suis très malade.
Je fuis l’élevage en batteries,
Heureux de ne pas y terminer ma vie.
Vivre libre au moins mon dernier jour!
Je crois bien que c’est la fin du voyage..."
A ces mots, il ferma les yeux pour toujours.
Le rat ricana et fit son travail de nettoyage.
Quiconque est né rongeur,
Agit ainsi en avaleur.
Quiconque a l’esprit malsain
Ne peut se comporter comme un saint.
L'aigle et le chien.
Aussi léger qu’un rayon de lune
Tant les chasseurs faisaient bonne garde,
Un aigle aperçoit un doberman sur la dune
Gros et gras, qui s’était égaré par mégarde…
Combien il aurait aimé le déchiqueter
En le mettant vite en quartiers,
Il préféra sur son embonpoint faire compliment,
Tout en l’abordant humblement.
– Devenir gras, lui dit le chien, c’est facile
Il faut délaisser les montagnes pour la ville
Tes pareils y sont tous misérables,
Traîne-savates, voleurs, pauvres diables!
– Alors, que dois-je faire? reprit le rapace ingénument.
– Avoir un peu de jugeote, et repousser les mendiants,
En somme, les éloigner de la porte
Avant qu’ils rejoignent la cohorte.
Puis je vais lécher mon maître avec tendresse.
Séduit, en récompense, il me donne des largesses,
Os de gigots, de poulets et de volailles.
Ainsi j’ai le ventre rempli jusqu’aux entrailles…
– Tu te moques de moi? claironne l’aigle malicieux,
Moi, je n’ai pas de maître, ni rien à garder,
À part les œufs de la couvée que je dois surveiller,
Près des cimes, je reste souverain dans les cieux."
Mais d’un seul coup, l’aigle le poursuivit
Pendant deux kilomètres et le mangea d’appétit,
S’exclamant :"Moi aussi, j’aime beaucoup les chiens,
Et mon estomac peut se repaître de la faim!"
Par les temps qui courent, il ne faut jamais se vanter
À quiconque de trop becqueter,
Mais plutôt se montrer en manque d’appétit
De peur de trop faire envie.